Fondation pour la Recherche Anthropologique
et l' Ethno-développement "Anthropologues du Sud Andin"


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LE PROGRAMME TEXTILE JALQ'A TARABUCO

Actuellement, un projet de rennaissance des textiles traditionnels réunit environ un millier de femmes tisseuses, appartenant aux deux régions, et récemment, à plus de cent hommes (qui récupèrent des techniques précolombiennes ou qui offrent leur soutien dans les tâches administratives). On estime que la population bénéficiaire atteint les 5830 personnes.

Tisseuses et tisseurs sont organisés en 16 ateliers féminins et 5 unités productives masculines. Parmi les femmes, les ateliers ne correspondent pas à des lieux de travail à proprement parler, puisqu'elles tissent chez elles, mais à des organisations qui possèdent un lieu pour la réalisation de réunions, la signature de contrats et la remise des matières premières, les travaux de teinture et autres, à la charge des comités de direction. Tous les ateliers associés vendent leur production à travers un fond commun de commercialisation et dans la boutique installé par le programme, à Sucre, en bas du Musée Textile Ethnographique.

La direction des ateliers est élue par chaque communauté. Y participent aussi bien les hommes que les femmes. Ce sont les hommes qui savent le mieux lire et écrire, de même que la comptabilité et la gestion. Les directions des ateliers travaillent en coordination avec les autorités syndicales paysannes de chaque communauté.
Les locaux des ateliers et des unités productives masculines (destinées aux bayeteros, teinteurs, tapisseurs de Potolo, tapisseurs de Pila Torre, bordeurs) sont des constructions nouvelles faites avec l'apport de la main d'oeuvre et les matériaux locaux, en plus de matériaux externes apportés par le Programme. Beaucoup d'entre eux ont de l'électricité (par énergie solaire) et certains ont des chauffe-eaux solaires. Ils sont devenus le centre de l'animation de la vie sociale dans des communautés si pauvres qu'il n'y a pas d'autre lieu de réunion.

Le succès principal de ce projet est qu'il a pu combiner la possibilité d'obtenir des revenus avec le développement d'une création esthétique. Bien qu'elle soient tissés de manière &laqno;massive», les pièces vestimentaires ne se sont ni dégradées, ni &laqno;folklorisées». L'intensité du travail textile, ainsi que la communication rendue possible entre communautés et entre tisseuses, a suscité, au contraire, une accéleration des processus de changements dans les dessins, toujours existants dans une tradition vivante, mais aujourd'hui insérés dans une recherche beaucoup plus passionnée de l'expression des contenus propres de chaque région. Les tisseuses n'ont pas essayé de s'adapter au goût des acheteurs; bien au contraire, elles sont conscientes que ce qu'elles offrent est justement la vision de mondes culturellement différents de ceux des observateurs, morceaux de l'âme, pensées personnelles, materialisées dans cet entrelacement de brins de couleurs.

LES TEXTILES JALQ'A y LES TEXTILES TARABUCO.

LES TEXTILES TARABUCO

Les textiles Tarabuco créent un monde segmenté, ordonné, symétri-que, lumineux, clair, de percep-tion facile. Représentent un monde avec lumière solaire, avec une nature organisée, un monde réel, habité par des animaux connus, par des êtres humains en action et bien définis, rempli d'objets culturels

Les figures du tissage tarabuco sont d'une part des figures plus stylisées qui parfois renvoient à des idées abstraites ou encore à des choses concrètes.

Ensuite, des figures iconi-ques cherchant à évoquer des traits du personnage représenté, traits qui permettent de le reconaî-tre comme tel (une personne, un oiseau,...). Aujourd'hui ces figures iconiques sont de plus en plus nombreu-ses. Elles peuvent être classées en trois sortes :

Figures du monde animal: chevaux, poules, perdrix, chats, chiens, ânes... La logique centrale gouvernant le choix de ces espèces semble être celle de reproduire un environnement connu par le groupe humain qui tisse. Il n'existe pas de représentations d'animaux appartenant à d'autres milieux écologiques, ou simplement crées par l'imaginaire des tisserandes.

Des êtres humains : tissés avec beaucoup de détails, ils donnent une illusion de "réalité". Ils portent des cha-peaux, des ponchos, des croix. Ils sont se-xués, les hommes se distinguent clairement des femmes.

Et finalement, des scènes : ces scènes réproduisent cer-tains rituels (comme celui du carnaval) où des moments de la vie quotidienne : des femmes en train de filer, des hommes jouant de leurs flûte-s. Ces scènes emeuvent par le charme avec lequel sont tissés leurs détails.

LES TEXTILES JALQ'A

Les textiles Jalq'a représentent un monde obscur, inexistant, peuplé d'êtres étranges, qui expriment non pas la société humaine, mais le temps mythique, là où surgit la vie. Un monde continu, sans segmenta-tions, chaotique, sans effet de lumière, de perception confuse.

Les personnages du tissage jalq'a sont en grande majorité des animaux appelés khurus. Ce terme quechua peut être traduit par "sauvage", "indomptable".

Quelques uns de ces animaux appartiennent à des espèces connues, des chevaux, des taureaux... Toutefois, leur représentation les rend uniques ou irréels du point de vue anatomique : leur corps se trouve anormalement étiré ou dans des positions impossibles.

D'autres khurus appartiennent à des milieux écologiques loin--tains, jamais parcourus par les Jalq'a, comme les lions. Leur présence indique que l'espace représenté est un lieu inconnu.

Des animaux imaginaires: oiseaux à quatre pattes, à deux têtes, mammifères ailés, animaux avec des yeux sur leurs queues ayant des langues en forme de flèches..

Des figures humaines éparpillées, petites, statiques, sans bea-uté for-me-lle, sans détails qui les rendent réelles, se retrou-vent parfois perdues dans cette ambiance remplie d'animaux grands et étranges.

Les khurus sont constamment en train de procréer et leurs "petits" (les figures qui sont à l'inté-rieur) appar-tiennent à des espèces différen-tes. Cet univers sacré, peuplé par la beauté des khurus, est celui d'une divinité centrale du monde andin, le saxra, dieu des profondeurs de la terre et des lieux éloignés.


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